On parle souvent de pollution automobile en regardant du côté du tuyau d’échappement. Pourtant, même une voiture électrique laisse quelque chose derrière elle. Eh oui, de minuscules morceaux de ses pneus. La pollution des pneus est pratiquement invisible, mais elle attire désormais de plus en plus l’attention des scientifiques. D'ailleurs, en ce moment même, le Canada mène des recherches pour comprendre où vont ces particules et quels effets elles pourraient avoir.
Cela ne signifie évidemment pas que nos pneus sont soudainement devenus terribles. Ils s’usent parce qu’ils créent la friction nécessaire pour accélérer, tourner et freiner. Par contre, cette usure mérite qu’on s’y intéresse.
D’où vient la pollution des pneus?
Quand un pneu roule, sa bande de roulement frotte contre la chaussée et perd graduellement de la matière. Les particules produites peuvent rester sur la route, être soulevées dans l’air ou se retrouver dans les cours d’eau avec le ruissellement. Les chercheurs s’intéressent notamment au 6PPD, un produit chimique utilisé pour protéger le caoutchouc contre l’ozone et l’oxydation. Une fois libéré dans l’environnement, il peut se transformer en 6PPD-quinone. Ce nom semble tout droit sorti d’un examen de chimie particulièrement cruel, mais la substance soulève de véritables questions environnementales.
Pourquoi le Canada étudie-t-il le phénomène?
Environnement et Changement climatique Canada analyse actuellement les produits chimiques dérivés des pneus dans l’air de Toronto et dans des secteurs ruraux du bassin des Grands Lacs. Le ministère cherche à déterminer leur provenance, leur concentration et la manière dont ils se déplacent dans l’environnement.
D’autres travaux menés près d’autoroutes et de circuits du Québec et de l’Ontario ont détecté des particules d’usure de pneus dans tous les échantillons étudiés. Certaines étaient suffisamment petites pour pénétrer profondément dans les poumons. Le 6PPD-quinone a aussi été détecté dans des milieux aquatiques canadiens à des concentrations potentiellement préoccupantes, notamment pour la santé du saumon. Les recherches se poursuivent à ce jour, particulièrement en ce qui concerne les risques pour la santé humaine.
Comment limiter l’usure de ses pneus?
Il est impossible d’empêcher complètement un pneu de s’user, mais certaines bonnes habitudes permettent de ralentir le phénomène. Une pression inadéquate, un mauvais alignement ou des rotations négligées peuvent provoquer une usure irrégulière et raccourcir inutilement sa durée de vie.
Une conduite plus douce aide également. Les accélérations brutales, les freinages tardifs et les virages pris avec un peu trop d’enthousiasme arrachent davantage de matière à la bande de roulement. Choisir un pneu durable, adapté au véhicule et à son utilisation, demeure aussi plus logique que de chercher automatiquement le modèle le plus gros ou le plus sportif.
La pollution des pneus ne possède pas encore de solution magique. En attendant les prochaines avancées de l’industrie, bien entretenir ses pneus reste donc la mesure la plus simple : ils durent plus longtemps, coûtent moins cher à long terme et laissent un peu moins d’eux-mêmes sur la route...